dimanche 13 novembre 2011

Les coulisses du mariage n°16 : le jour J (vu par le marié)

Après les babillages et autres courses à quatre pattes, le diaporama nous voit entrer dans l’âge adulte, et l’apparition de la plupart des têtes qui nous entourent, à commencer par les témoins (sauf Matthieu, qui a pour sa part déjà beaucoup dégusté dans la partie « années 1980 »). L’inquiétude de revoir poindre des photos de soirées peu recommandables réapparait… A raison cette fois. En effet Alex et Béné n’avaient qu’à piocher dans notre vidéothèque commune pour trouver de la matière. On a eu droit à la vidéo ou j’embrasse une quiche, tandis que je soupirais dans mon costume taupe, le drame était évité (de bien peu).  

Le diaporama aura largement permis au personnel du traiteur de débarrasser les assiettes de l’entrée (restait-il seulement des reliquats de foie, de chutney ou de pain d’épices ?). Les lumières se rallument pour quelques minutes de débriefing : oui, même les photos du début de notre relation paraissent lointaines, et pour une bonne raison… Elles le sont ! Six années entre la fin de l’adolescence et notre habile imitation actuelle de l’âge adulte. Revoir Clémence avec un appareil, ou moi rasé de près… Nous sommes très sollicités par les différentes tablées à l’occasion de notre second tour de salle, que nous n’aurons pas le temps de terminer parce qu’un nouveau jeu prend place. Aucun reproche à faire au DJ ni à nos témoins organisateurs : la soirée a été une succession ininterrompue de surprises et jeux en tout genres, égrenées par les petits plats du Domaine du Lac. 

Cette fois, c’est un Blind test auquel nous avons droit… Heureusement, nous jouons garçons contre filles (je n’aurais pas voulu une occasion de montrer à quel point je suis exécrable à cet exercice que j’aime pourtant). Les ténors de la discipline que sont Nicolas et Mick permettent à notre équipe de marquer un très grand nombre de points (oh, pas toujours de façon aussi fair-play que possible, mais ce n’était pas censé être chevaleresque non plus). En face, lorsque tout le monde ne s’exprime pas en même temps (jeu auquel nous gagnons systématiquement), Julie se révèle être une concurrente de très haut niveau. A ce niveau là de la compétition, il faut bien avouer que le DJ a voulu préserver une bonne ambiance au prix des scores qu’il nous avait demandé de noter (un rôle à ma hauteur dans cet engagement). 

Il nous a torpillés, c’est tout simple. En annonçant, nonchalant, que la dernière question vaudrait plus de point que les précédentes (et je le répète, nous avions mené 9 à 3), il a sans aucun doute déstabilisé psychologiquement notre équipe. Clémence s’est engouffrée dans notre désarroi pour trouver, brillante comme à son habitude, le thème de « Christophe Colomb » avant tout le monde. Une victoire pour elles, mais dont elles ne pourraient pas trop se vanter : l’animateur est sans doute plus fin qu’il n’y parait. 

Le poisson est bientôt servi, et chacun peut savourer le dos de bar à la plancha (sans aucun doute le meilleur poisson qu’il m’ait été donné de manger). Le vin blanc moelleux a laissé sa place à un blanc sec, parfait pour accompagner le plat, même si un peu rêche lorsque pris à part. Un risotto (à ne pas manger en trois grandes bouchées) vient compléter le tableau. Si personne ne se plaint du goût (qu’ils essaient seulement) quelques plaintes s’élèvent discrètement : quelques invités, déjà, n’ont plus très faim. Connaissant la suite, c’est malheureux… Mais ils auront du temps de digestion devant eux, puisque dès les dernières bouchées de poisson, le DJ vient me tordre l’estomac de trouille : la première danse s’annonce.

Clémence et moi tentons discrètement, alors que l’heure approche et que les coups de fourchette font disparaître le bar bien trop vite, de nous souvenir des rudiments de valse que nous avons répété dans notre salon. Mais pourquoi une valse ? Ma foi si dans notre idée du mariage, le prêtre et la religion peuvent être des éléments facultatifs, la première danse, elle, symbolise en quelque sorte la première activité officielle en tant que couple. En plus de filer un coup de projecteur sur nous deux (et c’est le cas de le dire), cette première danse va aussi montrer les efforts que nous sommes capables de réaliser pour notre couple. Car oui bien sur, le choix d’une valse n’est pas un hasard, ni Clémence ni moi ne sommes bons danseurs : autant du coup opter pour un classique dont nous n’avons pas les bases. 

Inévitablement, il a fallu apprendre la valse… Obstacle de nombreuses fois repoussé, c’est finalement dans les toutes dernières semaines que nous avons poussé tous nos meubles pour nous aménager une piste raisonnable dans notre petit appartement. Internet étant une infinie source d’inspiration, nous avons trouvé quelques cours sur Youtube… Malheureusement, il faut déjà voir que si le pas de base est identique d’une leçon à l’autre, dès qu’il y a évolution chacun suit son courant de pensée. Il y a ceux qui cavalent au travers toute la salle et l’école de ceux qui semblent jouer des claquettes en surplace. Il a fallu se repasser de nombreux morceaux en boucle pour assimiler les pas dans un premier temps, éviter de trop regarder nos pieds dans un second temps et se laisser entrainer par la musique dans un dernier temps. Pas facile pour autant, puisque chaque morceau réserve son lot de surprises, de temps morts très artistiques mais non dansables. 

Tout ça pour vous dire qu’en posant le pied sur la piste de danse, j’hésitais entre avoir le moral au fond de mes chaussettes beiges, ou bien tout prendre à la légère puisqu’il était trop tard pour s’en faire (une technique issue de mes longues années d’études, qui ne m’a pas souvent trahie). Sans vraiment tricher, nous nous étions quand même aménagés quelques facilités, à commencer par la musique. Oui, le Beau Danube Bleu est un classique, mais il a l’avantage de marquer tous les temps d’une façon très significative : nous n’avons plus qu’à suivre. Et si on n’arrive pas à enchaîner ? Eh bien c’est tout simple, nous avons demandé au DJ de ralentir le rythme, c’est aussi simple que ça. Restait un paramètre que nous n’avons pas pu anticiper : la robe de Madame. 

Impossible de s’approcher à moins de 30cm de ses pieds sans marcher sur la robe… Pour synchroniser nos pas, ça va être plus difficile qu’à l’entrainement. Plus dur encore, il est strictement impossible de voir les pieds de la mariée. Et puis, elle ne peut pas me donner le bras, puisqu’elle doit porter sa traine (avec une boucle dans le tissu d’une solidité douteuse). Pourtant, lorsque la musique a démarré, nous avons défié les pronostiques pour réussir (du moins en apparence, et sur les photos) à fournir une prestation appréciable. En réalité nous étions tous les deux très concentrés, à penser chacun de notre côté que c’était une catastrophe. Car ne voyant pas ses pieds, je ne pouvais m’empêcher de regarder sa robe quand même, puis d’essayer de suivre le mouvement de ses épaules, tandis qu’elle-même fixait ses mouvements sur les miens. Personne ne menait, en fait, alors heureusement que ça n’a pas duré une demi heure. 

Une ou deux autres valses ont permis au reste du public de venir s’essayer à l’exercice. Bien des couples plus expérimentés, mais aussi et à notre grand plaisir, d’autres venus se marcher sur les pieds et partir dans le mauvais sens ensemble. S’ensuit une grande demi-heure de danses en tous genres, dans l’esprit principal de garder le plus possible de monde sur la piste. Il y aura du rock (ah pour le coup là on a vraiment assuré grave, alors que nous avons répété une seule et unique fois dans la cuisine), et puis des musiques plus modernes, du zouk, etc. A leur habitude (enfin, je ne les ai plus vus danser depuis bien longtemps), Guillaume et Mick font les zouaves, ce qui avec leurs costumes, leur sied à merveille. Gilles, Stéphane les accompagnent, il y a donc un noyau dur de danseurs drôles (à défaut d’avoir vraiment le talent) pour assurer l’animation. Bien sur le public s’égaie un peu, mais nous aurons vu presque chacun de nos invités sur la piste de danse. Au rang desquels on peut citer ma grand-mère. La mamie, doyenne et fière de l’être, a fait forte impression sur les autres invités, qui ont dans leur grande majorité retenu l’image impérissable de ses pas de danse exécutés dans le couloir. 

Ce qui était annoncé comme une demi-heure de danse s’est un peu prolongé (le DJ nous avouera que malgré le planning, la cuisine est en retard… Nous apprendrons le lendemain qu’en ouvrant le réfrigérateur, le maître d’hôtel a renversé leur unique bouteille de Gewüstraminer pour le trou). A tel point que certains sont retournés s’asseoir à table, d’autres dans le petit salon qui a un grand succès (même si Alyssa pique du nez), d’autres encore dans le couloir de la réception attenant, avec ses grand fauteuils. Les glaces finissent par arriver, c’est l’heure du trou. Censé préparer l’estomac à la prochaine déferlante culinaire, il a l’avantage de réunir tous les convives une fois de plus dans la salle de réception.

jeudi 3 novembre 2011

Les coulisses du mariage n°15 : le jour J (vu par le marié)

Debout sur le perron, la terrasse a l’air immense et il est difficilement concevable qu’il y ait une petite centaine d’invités qui boivent (beaucoup) et mangent (tout ce qui passe). La plupart des groupes se sont reformés d’eux-mêmes entre les familles, gravitant tour à tour entre les boissons (les coupes d’Alex et Béné ne désemplissent pas), le livre d’or (les cartons ont bientôt rempli la corde) et les photos moustachues. Le temps passe vite alors que nous retournons papillonner entre les convives en profitant au maximum… Le maître d’hôtel va rapidement venir me proposer de passer aux sucreries, qui présentent des mélanges pas toujours aisés à deviner (capacité inversement proportionnelle au nombre de coupes de crémant). 
Avec cette impression de n’être là que depuis un clignement de l’œil, les premiers invités se retirent (quid, donc des pique-assiettes que tout le monde redoute ?) en nous félicitant chaleureusement. D’autres sont partis se changer, quelques uns photographient sans relâche la salle du diner. Le DJ fait son arrivée et ses derniers réglages en toute discrétion, tandis qu’il ne reste bientôt plus qu’une demi-heure avant le diner. L’occasion de mettre la pression sur les épaules des témoins (enfin, dans leur état, ils sont plutôt relâchés) puisque nous n’avons plus, à organiser quoi que ce soit. Arrive le dernier verre de bière, et peu à peu le rassemblement des convives vers la salle de réception. Comme c’est un point qui avait été répété, l’urne et le livre d’or disparaissent bien vite, avec l’atelier photo, replacés dans la pièce canapé, attenante à la salle du dîner et à la piste de danse (et qui offre son lot de bonbons stratégiquement placés). 
Parce que l’entrée dans la salle est l’une des animations prévues par le DJ, Clémence et moi sommes les derniers à entrer dans la Domaine, en ne laissant derrière nous que le personnel qui range les reliquats de l’apéritif (il ne sera rien resté des amuse-bouches). Depuis le couloir, nous l’entendons se présenter, puis préparer, « chauffer » la salle et inviter les convives à faire une haie d’honneur pour notre traversée de la piste de danse. Une bonne idée, qui va remettre un peu de pèche puisqu’après plus de deux heures d’apéritif, passer directement au repas sans transition aurait fait un peu trop calme à notre gout. Applaudissements, haie d’honneur, tout le monde est en rang pour nous accueillir (ouah quelle surprise personne ne s’y attendait !) en grand style. On en profite (en tout cas moi) pour se la péter un peu, c’est la journée pour ça. 
Même si c’est un très beau moment, qui ravive une fois encore plein d’émotions, la réalité c’est qu’une fois arrivés en bout de rangée (ce qui revient à faire une dizaine de mètres) même si la traversée est lente, on ne sait pas trop quoi faire… S’asseoir c’est faire les gros rustres, rester debout c’est la porte ouverte aux demandes de discours, ou bien tout le monde va s’attendre à ce qu’on fasse quelque chose d’intelligent (et rien n’est prévu de ce côté-là). Heureusement, la musique s’estompe vite et le DJ prend les choses en main pour que chacun puisse se frayer un chemin devant le plan de table labyrinthique de notre conception. Les plus atteints par le crémant à volonté ne mettront pas plus de deux minutes à trouver leurs places, aussi nous pouvons être fiers de nous, puisqu’on a aligné un peu de graphisme sans (trop) hausser la difficulté de trouver sa place. Quelqu’un nous quitte cependant, en toute discrétion, c’est Claude… Oh bien sur le contrat indique dix heures, il nous resterait potentiellement plus de temps, mais Clémence et moi avons décidé que le diner ne serait pas couvert, et nous ne voulons pas trop en demander. Nous avons l’impression qu’elle nous a accompagnés depuis trois jours, tant la journée a été chargée. 
Aussitôt assis, aussitôt servis. Les amuse-bouches de saison sont là, et tout le monde retient un peu son souffle : il y a sur ces verrines noires des graines germées. Il faut peut-être repréciser que quelques jours avant le mariage, l’actualité de début juin a été marquée par un scandale bactérien en Allemagne qui accusait très clairement… Les graines germées. Un geste de confiance pour leur fournisseur, sans doute (même si nous sommes toujours tous là pour en parler). Pendant que Béné engage une discussion à bâtons rompus avec le maitre d’hôtel (un subit coup de foudre ?), Clémence et moi faisons un tour de salle pour faire tinter nos verres avec chacun des invités répartis en neuf tables rondes. 
Trois semaines plus tôt, quand nous avons réalisé le plan de table, nous avons réalisé notre chance : ce dernier était terminé en à peine une heure : il a été très facile de placer quasiment tous les invités, tout en mélangeant un peu les familles… Tout s’est vite imbriqué, c’était presque louche. Et finalement, ce n’est qu’en trinquant avec eux que nous avons soupiré de contentement : il a semblé qu’à chaque table, le courant est passé aussi naturellement que le placement. Notre tour se termine, il y a un fond musical assez jazzy (bon, ce n’est pas vraiment ce qu’on avait demandé, mais passons), et une première « activité » nous est proposée par le DJ, de mèche avec Alex et Béné. 
Il s’agit de l’incontournable, l’inévitable et non moins fameux : le jeu du toi et moi. Le but en est des plus simples (comme souvent les recettes du succès), il s’agit d’essayer de piéger les mariés, qui ne se voient pas, et doivent répondre à des questions sur leur vie de couple. Evidemment, c’est beaucoup plus rigolo si les mariés ne sont pas d’accord, alors souvent les questions sont écrites pour que les conflits éclatent. Sauf qu’après six années, on se connait bien, voire très bien. Notre très faible taux de disputes (la dernière remonte à 18 mois) joue pour nous et au grand dam de la plupart des convives, nous répondons de manière identique a quasiment toutes les questions. Il y a eu, c’est normal, une ou deux exceptions, mais nous accuserons les questions mal écrites, les sous-entendus, tout sauf nous. D’ailleurs, si nous avons raté une ou deux questions, c’est juste pour faire plaisir à l’assemblée, qui semblait impatiente en fin de jeu de pouvoir enfin nous arracher une mauvaise réponse. 
Les entrées sont servies à la fin du jeu et sur ce point, la coordination annoncée entre le DJ et les troupes du traiteur sont exemplaires : concentrés sur le jeu, personne n’a semblé remarquer les serveurs qui se faufilaient de table en table, les bras chargés de fois gras. Car c’est bien sur avec cette matière que nous avons souhaités nos entrées (dérogeant ainsi à la règle d’or qui préconise un repos d’une dizaine de mois après une grosse charge en foie gras). Ce dernier avait tout pour lui, un gout raffiné, un vin sucré et vaporeux, des toasts, une tranche de pain d’épices et un chutney à base de figues. De quoi faire baisser le volume des conversations durant dix bonnes minutes de tartinages (on ne se refait pas) et autres mises en bouches sur pointe de couteau, indignes du Domaine mais insensibles au temps comme aux convenances (tout comme, s’il y avait eu des frites, aurais-je eu les doigts gras et salés).
Alex et Béné sont, eux, affairés tout à leur surprise dont nous connaissons la forme (un diaporama sur ordinateur, avec de la musique) mais pas le fond (nos bouilles d’enfants gâtés et nos habits de l fin des années 80, sans aucun doute). Il fait enfin assez sombre pour que commence la projection, sur l’un des murs de la salle, et avec l’aide des haut-parleurs du DJ. Peu inquiets (il est délicieux, ce vin) sur le contenu, nous embarquons pour une frise chronologique qui si elle n’apporte pas d’extravagante originalité, réserve son lot de surprise. A commencer par la numérisation d’un grand nombre de clichés que (naïvement) nous avons cru enfouis dans des boites à chaussure, rangés dans les greniers, chargés à la gueule de négatifs inutiles. Nous nous sommes trompés, bien sur, et surtout moi, qui ait droit à une véritable avalanche de photos de ma prime jeunesse (peu humiliante pour moi qui suis mignon et en couches, plus dure pour le reste de la famille, en poids comme en cheveux blancs).