Après les babillages et autres courses à quatre pattes, le diaporama nous voit entrer dans l’âge adulte, et l’apparition de la plupart des têtes qui nous entourent, à commencer par les témoins (sauf Matthieu, qui a pour sa part déjà beaucoup dégusté dans la partie « années 1980 »). L’inquiétude de revoir poindre des photos de soirées peu recommandables réapparait… A raison cette fois. En effet Alex et Béné n’avaient qu’à piocher dans notre vidéothèque commune pour trouver de la matière. On a eu droit à la vidéo ou j’embrasse une quiche, tandis que je soupirais dans mon costume taupe, le drame était évité (de bien peu).
Le diaporama aura largement permis au personnel du traiteur de débarrasser les assiettes de l’entrée (restait-il seulement des reliquats de foie, de chutney ou de pain d’épices ?). Les lumières se rallument pour quelques minutes de débriefing : oui, même les photos du début de notre relation paraissent lointaines, et pour une bonne raison… Elles le sont ! Six années entre la fin de l’adolescence et notre habile imitation actuelle de l’âge adulte. Revoir Clémence avec un appareil, ou moi rasé de près… Nous sommes très sollicités par les différentes tablées à l’occasion de notre second tour de salle, que nous n’aurons pas le temps de terminer parce qu’un nouveau jeu prend place. Aucun reproche à faire au DJ ni à nos témoins organisateurs : la soirée a été une succession ininterrompue de surprises et jeux en tout genres, égrenées par les petits plats du Domaine du Lac.
Cette fois, c’est un Blind test auquel nous avons droit… Heureusement, nous jouons garçons contre filles (je n’aurais pas voulu une occasion de montrer à quel point je suis exécrable à cet exercice que j’aime pourtant). Les ténors de la discipline que sont Nicolas et Mick permettent à notre équipe de marquer un très grand nombre de points (oh, pas toujours de façon aussi fair-play que possible, mais ce n’était pas censé être chevaleresque non plus). En face, lorsque tout le monde ne s’exprime pas en même temps (jeu auquel nous gagnons systématiquement), Julie se révèle être une concurrente de très haut niveau. A ce niveau là de la compétition, il faut bien avouer que le DJ a voulu préserver une bonne ambiance au prix des scores qu’il nous avait demandé de noter (un rôle à ma hauteur dans cet engagement).
Il nous a torpillés, c’est tout simple. En annonçant, nonchalant, que la dernière question vaudrait plus de point que les précédentes (et je le répète, nous avions mené 9 à 3), il a sans aucun doute déstabilisé psychologiquement notre équipe. Clémence s’est engouffrée dans notre désarroi pour trouver, brillante comme à son habitude, le thème de « Christophe Colomb » avant tout le monde. Une victoire pour elles, mais dont elles ne pourraient pas trop se vanter : l’animateur est sans doute plus fin qu’il n’y parait.
Le poisson est bientôt servi, et chacun peut savourer le dos de bar à la plancha (sans aucun doute le meilleur poisson qu’il m’ait été donné de manger). Le vin blanc moelleux a laissé sa place à un blanc sec, parfait pour accompagner le plat, même si un peu rêche lorsque pris à part. Un risotto (à ne pas manger en trois grandes bouchées) vient compléter le tableau. Si personne ne se plaint du goût (qu’ils essaient seulement) quelques plaintes s’élèvent discrètement : quelques invités, déjà, n’ont plus très faim. Connaissant la suite, c’est malheureux… Mais ils auront du temps de digestion devant eux, puisque dès les dernières bouchées de poisson, le DJ vient me tordre l’estomac de trouille : la première danse s’annonce.
Clémence et moi tentons discrètement, alors que l’heure approche et que les coups de fourchette font disparaître le bar bien trop vite, de nous souvenir des rudiments de valse que nous avons répété dans notre salon. Mais pourquoi une valse ? Ma foi si dans notre idée du mariage, le prêtre et la religion peuvent être des éléments facultatifs, la première danse, elle, symbolise en quelque sorte la première activité officielle en tant que couple. En plus de filer un coup de projecteur sur nous deux (et c’est le cas de le dire), cette première danse va aussi montrer les efforts que nous sommes capables de réaliser pour notre couple. Car oui bien sur, le choix d’une valse n’est pas un hasard, ni Clémence ni moi ne sommes bons danseurs : autant du coup opter pour un classique dont nous n’avons pas les bases.
Inévitablement, il a fallu apprendre la valse… Obstacle de nombreuses fois repoussé, c’est finalement dans les toutes dernières semaines que nous avons poussé tous nos meubles pour nous aménager une piste raisonnable dans notre petit appartement. Internet étant une infinie source d’inspiration, nous avons trouvé quelques cours sur Youtube… Malheureusement, il faut déjà voir que si le pas de base est identique d’une leçon à l’autre, dès qu’il y a évolution chacun suit son courant de pensée. Il y a ceux qui cavalent au travers toute la salle et l’école de ceux qui semblent jouer des claquettes en surplace. Il a fallu se repasser de nombreux morceaux en boucle pour assimiler les pas dans un premier temps, éviter de trop regarder nos pieds dans un second temps et se laisser entrainer par la musique dans un dernier temps. Pas facile pour autant, puisque chaque morceau réserve son lot de surprises, de temps morts très artistiques mais non dansables.
Tout ça pour vous dire qu’en posant le pied sur la piste de danse, j’hésitais entre avoir le moral au fond de mes chaussettes beiges, ou bien tout prendre à la légère puisqu’il était trop tard pour s’en faire (une technique issue de mes longues années d’études, qui ne m’a pas souvent trahie). Sans vraiment tricher, nous nous étions quand même aménagés quelques facilités, à commencer par la musique. Oui, le Beau Danube Bleu est un classique, mais il a l’avantage de marquer tous les temps d’une façon très significative : nous n’avons plus qu’à suivre. Et si on n’arrive pas à enchaîner ? Eh bien c’est tout simple, nous avons demandé au DJ de ralentir le rythme, c’est aussi simple que ça. Restait un paramètre que nous n’avons pas pu anticiper : la robe de Madame.
Impossible de s’approcher à moins de 30cm de ses pieds sans marcher sur la robe… Pour synchroniser nos pas, ça va être plus difficile qu’à l’entrainement. Plus dur encore, il est strictement impossible de voir les pieds de la mariée. Et puis, elle ne peut pas me donner le bras, puisqu’elle doit porter sa traine (avec une boucle dans le tissu d’une solidité douteuse). Pourtant, lorsque la musique a démarré, nous avons défié les pronostiques pour réussir (du moins en apparence, et sur les photos) à fournir une prestation appréciable. En réalité nous étions tous les deux très concentrés, à penser chacun de notre côté que c’était une catastrophe. Car ne voyant pas ses pieds, je ne pouvais m’empêcher de regarder sa robe quand même, puis d’essayer de suivre le mouvement de ses épaules, tandis qu’elle-même fixait ses mouvements sur les miens. Personne ne menait, en fait, alors heureusement que ça n’a pas duré une demi heure.
Une ou deux autres valses ont permis au reste du public de venir s’essayer à l’exercice. Bien des couples plus expérimentés, mais aussi et à notre grand plaisir, d’autres venus se marcher sur les pieds et partir dans le mauvais sens ensemble. S’ensuit une grande demi-heure de danses en tous genres, dans l’esprit principal de garder le plus possible de monde sur la piste. Il y aura du rock (ah pour le coup là on a vraiment assuré grave, alors que nous avons répété une seule et unique fois dans la cuisine), et puis des musiques plus modernes, du zouk, etc. A leur habitude (enfin, je ne les ai plus vus danser depuis bien longtemps), Guillaume et Mick font les zouaves, ce qui avec leurs costumes, leur sied à merveille. Gilles, Stéphane les accompagnent, il y a donc un noyau dur de danseurs drôles (à défaut d’avoir vraiment le talent) pour assurer l’animation. Bien sur le public s’égaie un peu, mais nous aurons vu presque chacun de nos invités sur la piste de danse. Au rang desquels on peut citer ma grand-mère. La mamie, doyenne et fière de l’être, a fait forte impression sur les autres invités, qui ont dans leur grande majorité retenu l’image impérissable de ses pas de danse exécutés dans le couloir.
Ce qui était annoncé comme une demi-heure de danse s’est un peu prolongé (le DJ nous avouera que malgré le planning, la cuisine est en retard… Nous apprendrons le lendemain qu’en ouvrant le réfrigérateur, le maître d’hôtel a renversé leur unique bouteille de Gewüstraminer pour le trou). A tel point que certains sont retournés s’asseoir à table, d’autres dans le petit salon qui a un grand succès (même si Alyssa pique du nez), d’autres encore dans le couloir de la réception attenant, avec ses grand fauteuils. Les glaces finissent par arriver, c’est l’heure du trou. Censé préparer l’estomac à la prochaine déferlante culinaire, il a l’avantage de réunir tous les convives une fois de plus dans la salle de réception.