jeudi 3 novembre 2011

Les coulisses du mariage n°15 : le jour J (vu par le marié)

Debout sur le perron, la terrasse a l’air immense et il est difficilement concevable qu’il y ait une petite centaine d’invités qui boivent (beaucoup) et mangent (tout ce qui passe). La plupart des groupes se sont reformés d’eux-mêmes entre les familles, gravitant tour à tour entre les boissons (les coupes d’Alex et Béné ne désemplissent pas), le livre d’or (les cartons ont bientôt rempli la corde) et les photos moustachues. Le temps passe vite alors que nous retournons papillonner entre les convives en profitant au maximum… Le maître d’hôtel va rapidement venir me proposer de passer aux sucreries, qui présentent des mélanges pas toujours aisés à deviner (capacité inversement proportionnelle au nombre de coupes de crémant). 
Avec cette impression de n’être là que depuis un clignement de l’œil, les premiers invités se retirent (quid, donc des pique-assiettes que tout le monde redoute ?) en nous félicitant chaleureusement. D’autres sont partis se changer, quelques uns photographient sans relâche la salle du diner. Le DJ fait son arrivée et ses derniers réglages en toute discrétion, tandis qu’il ne reste bientôt plus qu’une demi-heure avant le diner. L’occasion de mettre la pression sur les épaules des témoins (enfin, dans leur état, ils sont plutôt relâchés) puisque nous n’avons plus, à organiser quoi que ce soit. Arrive le dernier verre de bière, et peu à peu le rassemblement des convives vers la salle de réception. Comme c’est un point qui avait été répété, l’urne et le livre d’or disparaissent bien vite, avec l’atelier photo, replacés dans la pièce canapé, attenante à la salle du dîner et à la piste de danse (et qui offre son lot de bonbons stratégiquement placés). 
Parce que l’entrée dans la salle est l’une des animations prévues par le DJ, Clémence et moi sommes les derniers à entrer dans la Domaine, en ne laissant derrière nous que le personnel qui range les reliquats de l’apéritif (il ne sera rien resté des amuse-bouches). Depuis le couloir, nous l’entendons se présenter, puis préparer, « chauffer » la salle et inviter les convives à faire une haie d’honneur pour notre traversée de la piste de danse. Une bonne idée, qui va remettre un peu de pèche puisqu’après plus de deux heures d’apéritif, passer directement au repas sans transition aurait fait un peu trop calme à notre gout. Applaudissements, haie d’honneur, tout le monde est en rang pour nous accueillir (ouah quelle surprise personne ne s’y attendait !) en grand style. On en profite (en tout cas moi) pour se la péter un peu, c’est la journée pour ça. 
Même si c’est un très beau moment, qui ravive une fois encore plein d’émotions, la réalité c’est qu’une fois arrivés en bout de rangée (ce qui revient à faire une dizaine de mètres) même si la traversée est lente, on ne sait pas trop quoi faire… S’asseoir c’est faire les gros rustres, rester debout c’est la porte ouverte aux demandes de discours, ou bien tout le monde va s’attendre à ce qu’on fasse quelque chose d’intelligent (et rien n’est prévu de ce côté-là). Heureusement, la musique s’estompe vite et le DJ prend les choses en main pour que chacun puisse se frayer un chemin devant le plan de table labyrinthique de notre conception. Les plus atteints par le crémant à volonté ne mettront pas plus de deux minutes à trouver leurs places, aussi nous pouvons être fiers de nous, puisqu’on a aligné un peu de graphisme sans (trop) hausser la difficulté de trouver sa place. Quelqu’un nous quitte cependant, en toute discrétion, c’est Claude… Oh bien sur le contrat indique dix heures, il nous resterait potentiellement plus de temps, mais Clémence et moi avons décidé que le diner ne serait pas couvert, et nous ne voulons pas trop en demander. Nous avons l’impression qu’elle nous a accompagnés depuis trois jours, tant la journée a été chargée. 
Aussitôt assis, aussitôt servis. Les amuse-bouches de saison sont là, et tout le monde retient un peu son souffle : il y a sur ces verrines noires des graines germées. Il faut peut-être repréciser que quelques jours avant le mariage, l’actualité de début juin a été marquée par un scandale bactérien en Allemagne qui accusait très clairement… Les graines germées. Un geste de confiance pour leur fournisseur, sans doute (même si nous sommes toujours tous là pour en parler). Pendant que Béné engage une discussion à bâtons rompus avec le maitre d’hôtel (un subit coup de foudre ?), Clémence et moi faisons un tour de salle pour faire tinter nos verres avec chacun des invités répartis en neuf tables rondes. 
Trois semaines plus tôt, quand nous avons réalisé le plan de table, nous avons réalisé notre chance : ce dernier était terminé en à peine une heure : il a été très facile de placer quasiment tous les invités, tout en mélangeant un peu les familles… Tout s’est vite imbriqué, c’était presque louche. Et finalement, ce n’est qu’en trinquant avec eux que nous avons soupiré de contentement : il a semblé qu’à chaque table, le courant est passé aussi naturellement que le placement. Notre tour se termine, il y a un fond musical assez jazzy (bon, ce n’est pas vraiment ce qu’on avait demandé, mais passons), et une première « activité » nous est proposée par le DJ, de mèche avec Alex et Béné. 
Il s’agit de l’incontournable, l’inévitable et non moins fameux : le jeu du toi et moi. Le but en est des plus simples (comme souvent les recettes du succès), il s’agit d’essayer de piéger les mariés, qui ne se voient pas, et doivent répondre à des questions sur leur vie de couple. Evidemment, c’est beaucoup plus rigolo si les mariés ne sont pas d’accord, alors souvent les questions sont écrites pour que les conflits éclatent. Sauf qu’après six années, on se connait bien, voire très bien. Notre très faible taux de disputes (la dernière remonte à 18 mois) joue pour nous et au grand dam de la plupart des convives, nous répondons de manière identique a quasiment toutes les questions. Il y a eu, c’est normal, une ou deux exceptions, mais nous accuserons les questions mal écrites, les sous-entendus, tout sauf nous. D’ailleurs, si nous avons raté une ou deux questions, c’est juste pour faire plaisir à l’assemblée, qui semblait impatiente en fin de jeu de pouvoir enfin nous arracher une mauvaise réponse. 
Les entrées sont servies à la fin du jeu et sur ce point, la coordination annoncée entre le DJ et les troupes du traiteur sont exemplaires : concentrés sur le jeu, personne n’a semblé remarquer les serveurs qui se faufilaient de table en table, les bras chargés de fois gras. Car c’est bien sur avec cette matière que nous avons souhaités nos entrées (dérogeant ainsi à la règle d’or qui préconise un repos d’une dizaine de mois après une grosse charge en foie gras). Ce dernier avait tout pour lui, un gout raffiné, un vin sucré et vaporeux, des toasts, une tranche de pain d’épices et un chutney à base de figues. De quoi faire baisser le volume des conversations durant dix bonnes minutes de tartinages (on ne se refait pas) et autres mises en bouches sur pointe de couteau, indignes du Domaine mais insensibles au temps comme aux convenances (tout comme, s’il y avait eu des frites, aurais-je eu les doigts gras et salés).
Alex et Béné sont, eux, affairés tout à leur surprise dont nous connaissons la forme (un diaporama sur ordinateur, avec de la musique) mais pas le fond (nos bouilles d’enfants gâtés et nos habits de l fin des années 80, sans aucun doute). Il fait enfin assez sombre pour que commence la projection, sur l’un des murs de la salle, et avec l’aide des haut-parleurs du DJ. Peu inquiets (il est délicieux, ce vin) sur le contenu, nous embarquons pour une frise chronologique qui si elle n’apporte pas d’extravagante originalité, réserve son lot de surprise. A commencer par la numérisation d’un grand nombre de clichés que (naïvement) nous avons cru enfouis dans des boites à chaussure, rangés dans les greniers, chargés à la gueule de négatifs inutiles. Nous nous sommes trompés, bien sur, et surtout moi, qui ait droit à une véritable avalanche de photos de ma prime jeunesse (peu humiliante pour moi qui suis mignon et en couches, plus dure pour le reste de la famille, en poids comme en cheveux blancs).

1 commentaire:

  1. Je ne peux m'empêcher de rire devant le récit de certains épisodes... C'est tellement bien écrit !

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