On avait choisi les glaces au Thé vert, en pensant que la douceur ferait l’unanimité. Cela dit autour de nous, c’est plutôt le Marc de Gewüstraminer qui est sollicité… Pourtant il ne faut pas trop consommer, car déjà un nouveau jeu se prépare. Toujours pas de point mort, aussitôt la glace terminée, place à un autre grand classique des mariages : la chasse au trésor. Plusieurs invités (Béné, Julie, Pierre et Audrey notamment) sont rassemblés, puis doivent chercher le plus rapidement possible un objet improbable tandis qu’une chaise est enlevée, éliminant les courageux.
De là, chaque candidat éliminé reçoit une sentence terrible de la part du DJ, c'est-à-dire devoir nous offrir un alcool spécifique pour une date donnée de l’année. Sauf que voilà bien sur, dix minutes après le jeu, j’étais déjà obligé de les réciter dans l’ordre pour retrouver qui nous devait une bouteille de crémant, une caisse de beaujolais nouveau, du champagne ou autre chose. D’autant qu’on a déjà du mal à se rappeler précisément les épreuves… Il leur a fallu chercher des clefs de voiture, pour commencer. Clémence a rapidement sorti les miennes de nulle part (elle avait préparé des objets dès le début du jeu)… Ensuite, il a fallu donner une cravate. Là, j’ai réussi plutôt rapidement, et du coup sauvé une candidate (oui, pour les hommes c’était facile). Pour la ceinture, on a tous repéré le mouvement extraordinaire de dextérité d’Arnaud, lequel en un seul mouvement fluide et naturel (on imagine tous qu’il a pu répéter le geste à loisir chez lui) a pu donner l’objet convoité.
Il y a eu également une mémorable course au papier toilette, qui a pu révéler les talents tactiques de Béné : arrivée en premier aux toilettes du sous-sol, elle a sournoisement embarqué le rouleau complet pour éviter que les autres concurrents récoltent leur feuille à la même source… Les fumeurs, quant à eux, ont été largement surpris lorsqu’ils ont vu les trois ou quatre derniers concurrents foncer jusqu’au parc à la recherche d’un brin d’herbe ! Chaque course était plus serrée que la précédente. Et le gagnant dans tout ça ? Ma foi, que ce soit le talent du DJ pour qu’il ne nous reste que le souvenir d’un quart d’heure hilarant, ma mémoire défaillante ou tout simplement d’un gagnant discret et modeste… Je ne sais plus exactement. Je crois qu’il s’est agi de Julie, ou peut-être de Béné.
Le plat de viande a suivi, et le vin rouge également. Il faut reconnaître les talents de Jacques, qui a su via la carte préparée par le Domaine du Lac, choisir à notre place les vins qui convenaient le mieux à chaque plat. Là encore un pari gagnant, puisqu’il s’est parfaitement accordé à la viande de veau. A ma table par contre, les craintes sont confirmées, je suis parmi les seuls capables de finir leur assiette sans grimacer. Certains regrettent d’avoir rempli trop tôt leur estomac (et qui les en blâmerait). Peu à peu (et l’alcool comme la longueur de la journée viennent peser) les dos se font plus pressants sur les dossiers, les conversations plus posées… Une ambiance de digestion, saine mais inopportune, se fait une place de choix.
Le DJ, encore lui, a eu la lourde responsabilité de remettre la pêche à tout le monde. Pas évident lorsque nous sommes plus enclins à nous reposer sous l’effet capiteux mais bienvenu d’un vin de qualité. L’homme réserve toutefois ses meilleures cartes pour cette session de danse, et il n’hésite pas à abattre des atouts : la macarena, entre autres, et puis une chenille (sur Yannick Noah, la chanson est extraordinairement longue et j’ai réussi à avoir des gouttes de sueur dans les yeux, je suis donc aveugle, en tête de gondole, en train de me bruler la face, le tout sous les flash de ma tante). Il y aura eu quelques morceaux de Madison (non, je n’y arriverais pas, même si tout le monde l’apprend en trois minutes), et puis du rock un peu plus dur (Saez, RATM) avant presque d’achever les volontés avec trois slows (et trois, c’est long quand il n’y a plus grand monde qui danse...). Si ce n’avait pas été mon mariage, je serais peut-être allé inviter quelqu’un d’autre, mais là ce n’est pas décent, et je n’en ai aucune envie.
Le salon bonbons est occupé par Matthieu et Sandra, sur les genoux desquels Alyssa profite d’un moment de repos (malgré la musique, les autres invités et l’agitation ambiante). Il y a du monde dans le couloir, et beaucoup d’invités qui discutent entre les différentes tables, réunissant à leur insu les éternels groupes de paroles des habitués (en général, ceux qui se voient ensemble à Noël). Il faut admettre que comme beaucoup, et malgré une heure pas si avancée (mais nous sommes jeunes, que diable) la fatigue nous guette… Les premières danses bien enflammées nous ont encore entamés, surtout après cette longue, très longue journée (Clem et moi avons l’impression d’être sur le pont depuis une petite semaine).
Au moment où le public atteignait son point de rupture (et par là comprenez un seul couple –pas nous au demeurant- s’accroche encore à la piste de danse), on annonce partout le rassemblement : c’est la pièce montée qui arrive. Ou alors, quoi ? J’ai du mal comprendre. On m’aurait menti ? Ma mère et la mamie se tiennent entre nous et la piste. Avec un parapluie (énorme). Pas prévu. Refusé d’avance.
Bon oui j’avoue on n’a pas eu beaucoup le choix, et Clémence a su parlementer à ma place (j’avais dit non, et comme chacun sait j’aurais pu prendre la mouche… Les plus attentifs auront remarqué des rictus sur les photos). Le parapluie du bonheur aura donc bien lieu. Précisons que c’est une tradition apparemment répandue dont naturellement ni Clémence ni moi (avec notre grande expérience des mariages) n’avons jamais entendu parler. Inutile de dire qu’au terme de ce marathon ininterrompu de contrôle de soi et d’émotions, j’étais réticent. Toute l’assemblée en a profité pour se souvenir que les cartes mémoires ont encore un peu de place, il faut absolument prendre cinq ou six photos par personne tandis que l’exercice qui nous est imposé consiste à ouvrir le parapluie aux baleines duquel est accrochée une véritable armada d’objets associés au mariage.
La mamie (qui avait préparé le coup en secret) n’a pas démérité, il y a de tout, depuis les préservatifs jusqu’aux tétines de bébé. Beaucoup de kitch dans tout ça, et malheureusement, beaucoup de nœuds. Il semble que lorsqu’il a voyagé fermé, le parapluie a exécuté sur les fils retenant les objets la fameuse loi des écouteurs de musique : aussitôt cachés, aussitôt mélangés. L’effet est tout de même au rendez-vous… Le ridicule n’est pas loin, et je me demande sur le coup s’il reste un marché de production de parapluies aussi énormes (non, non, ce n’est pas un parasol). La tension allait redescendant, lorsque la pièce montée a fait son entrée en scène, avec force mini-feux d’artifice.
S’ensuit la plus idiote (et de loin) des traditions liées au mariage : trancher une première part de la pièce montée. Expliquons-nous. Déjà, personne ne nous donne une seule information valable quant à une éventuelle technique miracle (autant mettre un grand coup dans le bazar et en finir). Le maître d’hôtel se contente de me tendre le couteau, en me disant qu’on peut sévir où bon nous chante… Admettons. Là encore, le public en profite pour prendre quelques rafales de flashs nous montrant figés comme des statues de cire avec ce fichu couteau… En rassemblant notre volonté, on entame la pièce au pif, en tranchant directement dans deux gros choux. Démystification, quand tu nous tiens : c’est déjà fini, et vous savez quoi ? Les seuls choux de la pièce montée qui n’ont pas été servis sont ceux que nous avons tronçonnés à grand peine !
Avouons que même sans faim, enchainer du caramel durci sur de la pate à choux, ça ne se refuse pas. Clémence et moi héritons aussi d’un gros bout de massepain signalant pour les derniers de la classe que oui, c’est notre mariage. Au soulagement général, des cafés sont servis (c’était ça ou se souhaiter une bonne et douce nuit), qui vont nous donner la pêche pour la suite de la soirée dansante qui devrait reprendre d’une minute à l’autre. Le DJ entame sa dernière et plus longue session de la soirée musicale.
Une fois encore tous les genres vont y passer, et la plupart des convives y danser. Il y a eu des mambos, des zouks, du rock, Mick avec sa cravate vissée sur la tête… Et les premiers départs, pas malheureux, parce qu’on a tous l’impression d’avoir passé une journée extraordinaire (et que, encore une fois, les invités sont polis). Roland est l’un des premiers à partir, puis Guillaume qui est venu m’annoncer qu’ils rentraient dans leur grand nord Alsacien dans la soirée… Bien sur, au fil des morceaux, l’assemblée s’égaie comme toujours sur l’ensemble du rez-de-chaussée entre les fumeurs de la terrasse, le groupe des fauteuils du couloir, les danseurs jusqu’au-boutistes, les amis qui ont trouvé les boissons fortes et l’association canapés-bonbons, sans oublier de bonnes parties de famille qui discutent dans la salle de réception.
Quand on prévoit son mariage, on n’imagine pas s’arrêter. Jamais. Non, on choisit la salle avec précaution, en annonçant à tord et à travers qu’on fera la fête jusqu’au bout de la nuit, qu’on ira faire l’amour au soleil levant, avec un gros coup dans le nez et pleins d’autres amis qui n’iront pas dormir du tout. Oui sauf que voilà, tous ceux qui restent disposent de chambres dotés de lits moelleux, dotés de matelas de 50cm de hauteur, et de la promesse d’un petit déjeuner avec croissants et café le matin venu. Déjà, ça change la donne. Et puis on oublie aussi un petit détail mineur : si à de rares occasions de nos vies, nous avons fait la fête jusqu’au petit matin, cette dernière n’avait pas démarrée au petit matin de la veille. Ce qui est le cas ici. L’épuisement nous guette, et nous ne sommes pas seuls.
Encore une chanson. Et puis une autre. Je voudrais discuter avec tel invité. Et puis un autre. Continuer à contempler mon infatigable grand-mère qui apprend les danses de couple à mon frère (qui n’en mène pas large) sous l’œil éberlué de la belle famille. Mais les paupières sont lourdes, il est temps pour un dernier tour de bises, et la promesse de se revoir dans un autre état au petit déjeuner. Si quelques uns ont semblé étonnés, la plupart nous souhaitent une bonne nuit, l’œil lubrique et la bouche en cœur : c’est une nuit de noces, après tout. Un souvenir vivant, qui lui ne se partage pas sur le papier.
Je m’endors marié, heureux, complet. J’aurais pu dire que j’ai vu ma vie défiler devant mes yeux, mais c’est faux, la journée aura suffi… Et si je devais n’en garder qu’une… Eh bien là encore ça n’arrivera pas. J’en garderais d’autres, Clémence et moi garderons aussi celle-là. Le jour de notre mariage. Le plus beau jour de notre vie ? Peut-être. En tout cas l’un des plus forts, parce que même si nous sommes les mêmes avant et après, que l’alliance n’alourdit rien, il ne peut y avoir dans un couple qu’une seule journée comme celle-là. Le jour de notre mariage. Je m’endors avec une haie d’honneur. Celle d’un Eric qui demandait un jour où sortaient ensemble garçons et filles. Celle d’un Eric qui suivait les filles à vélo en sortie de collège. Celle des Eric charmeurs de vacances en chasse d’un premier baiser, celle d’un apprenti marin qui tenait une fille par la main. Ils étaient tous là, se disaient que c’est un peu grâce à eux qu’on y était, au jour de notre mariage.
Je dirais presque ton texte le plus intense ! Surtout la fin, magnifique ! Bravo, de nous avoir fait partager avec tant d'émotions ce jour si précieux...
RépondreSupprimerIl a été autant chargé pour nous que pour vous je pense, et marquera à jamais nos esprits : le modèle d'un mariage réussi !
Gros bisous !
Bon ben je ne vais pas faire plus original que la précédente : quelles dernières phrases !
RépondreSupprimerMerci pour tout ces textes et ces émotions.