mardi 9 août 2011

Les coulisses du mariage n°3 : la veille Part 01 (vue par le marié)

Le mariage… Mais au fait ça commence quand ? Le jour même ? Les derniers préparatifs ? Devant le maire ? Pour moi je crois que tout a vraiment commencé la veille, au moment de réunir toutes les affaires, avant de partir pour Guebwiller. Il est environ 14h, stressés, on tourne en rond depuis déjà quelques heures en prétendant faire quelque chose plutôt que d’avoir toutes les affaires déjà rangées près de la porte.

Nos trois jours de congés communs nous ont permis de bien peaufiner les dernières décorations, et donné plusieurs après-midi bien occupées à bricoler plutôt que penser à demain. Demain, on se marie. Très bizarre à dire, un peu cette impression d’être spectateurs plus qu’acteurs. Il y a une petite ambiance « c’est inéluctable », trop tard pour reculer, on y est. C’est au moment de tout préparer que ça nous vient le plus, je crois.

L’un de mes premiers préparatifs, c’est de ne rien oublier pour mon costume, que j’étale consciencieusement sur le lit, pièce par pièce. Il y a la veste bien sur, et la chemise blanc ivoire dégottée presque un mois auparavant. La cravate « tapisserie » avec ses motifs en relief sur le brillant satiné… J’essaie d’imaginer une boutonnière, mais sans grand succès. Il y a le pantalon, bien sur, et puis les chaussures super-assorties de chez André… Avec les chaussettes beiges spécialement pour l’occasion, et même l’un des caleçons préférés de clémence (ce n’est pas le jour pour mettre un slip à trous). Et puis la ceinture… Tiens oui la ceinture, au fait. Au fait.

Je n’ai pas de ceinture. Pour faire bonne figure, je fouille quand même l’armoire, même si je sais tout à fait pertinemment que je ne vais rien trouver, si j’en avais acheté une, je m’en souviendrais. Bon, dans l’absolu, il n’est que 14h10, tout est possible. Une chose est sure, cette après-midi, on ne va pas s’ennuyer. Le temps de l’annoncer à la future femme (elle est un peu furieuse, mais bon pour le coup je ne cherche pas d’excuses, je cherche une ceinture…), et je m’enfuis à pied pour le centre ville de Colmar.

En passant, la fleuriste installe des décorations florales en extérieur, alors je lui rappelle que dans moins de deux heures, on vient chercher nos arrangements. Petit regard paniqué, mais je ne m’attarde pas, j’ai fort à faire. Première enseigne, Grand Rue, dans laquelle je n’ai jamais posé les pieds. Les prix me donnent l’impression de faire un peu touriste, mais quand même, je regarde les ceintures. Me fait conseiller. Sur une blanche. Au moment de passer en caisse pour 80euros, un doute m’assaille, j’appelle la chérie. Ca n’ira pas, c’est dépareillé, qu’elle dit. Tu sais pas t’habiller, qu’elle dit.

J’ai capitulé. Chez influences par contre je suis vraiment reçu comme un touriste. Petit sourire de compassion quand je dis chercher une ceinture (genre « ah ça va, c’est dans vos moyens finalement »). Je cherche du brun cette fois, sans grand succès par contre. Le brun, au cas où vous auriez déjà cherché en ceinture, ça ne se trouve pas beaucoup, pour hommes. Oh bien sur il y a du noir, il y a aussi ce qu’on veut vous faire passer pour du brun, c'est-à-dire un noir avec des reflets un peu chocolats.

Une troisième boutique qui possède une ceinture brune, avec une boucle totalement moche, et puis comme d’habitude lorsque je regarde pour des fringues ou autre chose, je me retrouve à pousser la porte de chez Devred. Et comme d’habitude lorsque je regarde pour des fringues ou autre chose, j’y trouve mon bonheur. Retour au pas de course, mais le sourire aux lèvres : c’est bon maintenant ils peuvent venir, je peux me marier.

Ca m’aura pris une bonne heure, mais finalement, il n’est encore que 15h20, on a trois quart d’heures pour tourner en rond magnifiquement. On prépare les succulentes que nous avons rempoté hier, dans plusieurs cartons en tentant de trouver la meilleure configuration possible. Tout est prêt, et on finit par chacun faire semblant de s’occuper dans une pièce différente, pour faire illusion (haha, personne n’y croit). A 16h05, on se remue un peu, en allant faire le plein de la voiture. Alors bien sur, la station est, littéralement, au coin de la rue. Pourtant, on va mettre facilement cinq minutes pour l’atteindre, et au moins dix minutes pour aller à l’autre bout de la rue, chez la fleuriste.

Du coup il est 16h20 quant on arrive dans la place. Une petite vieille est actuellement servie. Et là, loi de Murphy ou pas, on va passer quinze autres minutes à attendre qu’elle ait passé en revue avec la fleuriste, toutes les variétés d’hortensias possibles et imaginables, ainsi que bien entendu les pots qui vont avec. On bout très légèrement, d’autant qu’on avait donné rendez-vous à mon père à 16h30… Chez nous. Le temps de payer, d’attendre les quelques anecdotes sur la création des différentes pièces et les recommandations, et nous pouvons charger la voiture. Nous n’avons pas eu beaucoup de temps pour les regarder, mais les créations sont magnifiques.

Il y a d’abord le bouquet de la mariée bien sur… Ma première pensée va pour quelque chose comme « ah ben merde il est vachement petit ! », mais en fait il est superbe. Beaucoup de vert et blanc, avec une super odeur qui vient à la fois des fleurs et des mures pas mures. En rappel, il y a ma boutonnière que je suis sensé stocker au frigo (il fait 30 degrés), avec une grosse rose blanche comme j’ai demandé. Le bouquet pour la voiture ressemble quasiment goutte pour goutte à celui de la mariée, en plus gros et avec un peu plus de verdure (histoire que ça fasse pas le petit poucet quant on va rouler à 90 sur la voie rapide). En dernier mais non des moindres (surtout à mettre dans le coffre), il y a les neuf centres de table, chacun différents, avec de la verdure plantée dans des copeaux, et des petits galets blancs. Ca déborde de fougères, de succulentes, de lierre sur les pots couleur chocolat. Réplique en miniature du bouquet de la mariée, il y a celui pour Alyssa en demoiselle d’honneur. Hop, dans le coffre.

A peine assis dans la voiture, un appel sur vibreur, on a pris du retard (la faute à ces fameux 400m et ce carrefour qui nous volera encore au moins 5 minutes au retour…). Mon père est arrivé, il a failli repartir à Guebwiller en voyant qu’on n’était pas à l’appartement. Heureusement, il n’en fera rien, il va plutôt nous aider à charger les voitures pour les préparatifs. Il y a un ordre pour tout embarquer, parce que c’était censé être un peu limite.

Au dernier moment pourtant, on décide de laisser plusieurs affaires sur place parce que les bouquets doivent rester le plus longtemps possible dans de l’eau, ce qui ne sera pas possible si on les emmène au Domaine pour la préparation : il fait très chaud dans les voitures. On laisse donc les bouquets et la boutonnière à l’appartement, avec notre sac d’affaires personnelles (même si je laisse mon costume dans la C5). Les 59 succulentes partent aussi dans la Citroën, qui a l’avantage d’être climatisée (dans la notre, on peut faire des grillades sur les boucles de ceinture).

C’est parti pour Guebwiller. Même si je fais relativement attention à ne pas écraser la pédale, il faut bien avouer que j’ai hâte d’arriver sur place. Le stress ambiant me permet de conduire, vérifier que mon père nous suit, mais également de faire mentalement le compte des choses que j’aurais pu oublier d’emporter. Pour allonger le calvaire, il faut ajouter que comme plus tôt dans l’après-midi, les feux de l’ensemble du parcours se sont ligués contre nous pour nous proposer leur rouge le plus pétant (sans doute plusieurs mois qu’ils attendaient l’occasion). On se gare sur place, et puisque malgré la détente on est quand même d’au moins 15 minutes en avance, je fais visiter à mon papa en même temps que nous allons constater l’avancée des préparatifs.

Voir les tables dressées pour son mariage, c’est quelque chose. Pouvoir mettre une image sur le plan de table que nous avions imaginé, dessiné, imprimé… Le dressage est un chef d’œuvre de précision quasi-alémanique, et on peut remarquer immédiatement que nous avons bien fait d’imaginer des décorations qui ne soient pas trop imposantes : entre les 524 couverts et les 79 verres présents sur chaque table, il y a tout juste la place pour les pots bruns plantés, quelques succulentes et les menus. La météo tourne au dramatique pluvieux, aussi on décharge en priorité les préparations intérieures, surtout les plantes. Les propriétaires nous regardent de travers, lorsqu’on étale soudainement du lierre tout juste dégrossi sur leur parquet bicentenaire (c’est pour recouvrir le pot du panneau indicateur que nous allons monter avec… la perceuse).

1 commentaire:

  1. Merci pour ce superbe récit - on a l'impression d'y être - en même temps c'est très drôle pour le lecteur. J'attends la suite avec impatience.

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