mercredi 31 août 2011

Les coulisses du mariage n°5 : le jour J (vu par le marié)


Le stress aidant, mais aussi le volet à moitié fermé, je me suis réveillé aux alentours de 5 heures, avant de rester dans un brouillard semi-épais jusqu’à ce que le portable d’Alex nous sonne la fanfare. Les premiers mots que j’ai dits pour le jour de mon mariage, ont été quelque chose comme « quand il faut y aller, faut y aller », à la seconde sonnerie, à 7h20. Pourquoi si tôt ? Je me suis pas mal posé la question jusqu’à ce mon odorat se réveille en tartinant le Nutella, après quoi ça n’avait plus aucune importance. J’avais appelé Arnaud hier, pour lui dire d’être chez moi à 8 heures pile (et d’être certain qu’il soit arrivé à 8h15), afin qu’on soit tous au Domaine de Beaupré vers neuf heures. J’ai réussi à manger, même si l’évidence fait place autour de la table : je suis bien stressé comme il faut. Tendu, concentré, l’air un peu ailleurs.

Naturellement, Arnaud a fait dans l’excellence, du coup il est arrivé alors que j’avais encore le pif dans mon thé noir, et Alex la tartine en bouche. Comment ça j’ai vu large dans l’horaire ? Vous n’y êtes pas, je joue la sécurité, voilà tout. On ferait mieux d’y aller d’ailleurs, tant qu’il ne pleut pas, non ? Heureusement, sur ce front là, les choses se sont bien arrangées depuis hier après-midi et le montage sous la pluie : seuls quelques nuages éparpillés viennent cacher le ciel bleu pour l’instant. Confiants, nous partons vers 8h15 pour Guebwiller, en se remémorant les grands moments de l’enterrement de vie de garçon, la semaine dernière. Tout y repasse. Le bandeau sur les yeux, le paintball, le parcours, les buveurs de bières, nos propres boissons, le Big Bistake et le Potchin (Poutine ? On ne saura sans doute jamais le nom du brûle-gosier unique et dramatiquement approprié à l’événement).

Une fois sur place, il n’est même pas encore neuf heures… Le domaine, à l’image de Guebwiller un samedi matin, donne l’impression d’émerger d’une brume imaginaire. La mienne en l’occurrence, puisque ce sont mes tonnelles sur la terrasse, ma bière dans la tireuse, ma cérémonie de mariage. Enfin, notre, mais je me comprends. Je commence à me demander si je n’ai pas quelque peu péché par excès de prudence avec la montre. Ne voulant réveiller personne (si déjà on leur promet une longue nuit), nous passons par le jardin pour aller installer les chaises en arc de cercle pour la cérémonie laïque. 
L’arche a bien résisté et passé la nuit… du coup, ce n’est pas tellement compliqué de fabriquer une allée, quelques rangées en arc de cercles, avec à peu près les mêmes nombres de chaises de chaque côté, non ? Nous y sommes arrivés assez vite, mais il a quand même fallu quelques essais, surtout pour les chaises des témoins (pff, on ne sait jamais vraiment ou les mettre). Au final, nous étendons la première rangée sur le coté opposé aux musiciens, et tout le monde est content. L’ambiance est studieuse, nous sommes appliqués comme jamais et bien vite tout s’aligne, tout s’espace comme naturellement, comme si ce petit carré de pré ombragé n’avait été installé que pour elle et moi.

Les draps en satin sont ensuite consciencieusement accrochés pour recouvrir l’arche et en faire une sorte de grande fenêtre ouverte. Là encore, plusieurs placements de nœuds sont tentés avant qu’Alex nous montre de quoi il est capable. Encore quelques arrangements en tulle à accrocher le long de la petite allée centrale (des nœuds chocolats, pour changer), et on peut s’occuper de la terrasse. Mme Pralong, la propriétaire, est venue nous saluer et nous proposer de l’aide. On en profite pour lui commander une échelle, avant que je puisse discuter de la disposition de la terrasse une première fois avec le maître d’hôtel pour lui expliquer à quel endroit on souhaite disposer d’un peu de place (coin photos, coin urne et livre d’or). Je reprends ensuite la totalité du speech pour les témoins qui étaient à coté mais n’avaient pas vraiment écouté.

On prend notre temps avec Arnaud pour accrocher les deux rangées de photos qui sont suspendues sur les balustrades en grès des vosges. Sur chacune, Clem et moi avons accroché différentes photos qu’il a été très difficile de choisir (on a tendance à vouloir tout mettre), montrant notre famille, nos amis, et puis nous deux dans quelques unes de nos plus terribles aventures… Pendant ce temps Alex est allé voir dans la salle de réception pour l’une des surprises auxquelles nous aurons droit ce soir. Une histoire de baffles, de prise jack, que sais-je. Au final, on prend même le temps de détailler les photos une par une pour se rappeler la plupart des bons moments, et constater que les témoins sont très légèrement surreprésentés (surtout Alex et Béné)…
Il ne reste plus qu’à manier l’échelle pour accrocher notre banderole « Clémence et Eric » en lettres séparées, qui fait un super effet, surtout lorsqu’il y a un peu de soleil comme sur le coup de 10 heures. Heureusement d’ailleurs que nous ne sommes pas Marie-Jacqueline et Jean-Sébastien, parce que ça ne serait jamais passé entre les deux arbres. Encore un petit quart d’heure à se demander s’il reste des préparatifs cachés, une énorme masse de travail à faire que j’aurais oublié… Mais non, en fait. De notre côté, tout est vraiment parfait. Il y a de belles taches de ciel bleu, toutes les décorations sont en place…

Nous laissons les propriétaires du Domaine qui en sont au réglage de la tireuse à bières, et à la vérification des verres pour le cocktail : il semble qu’ils seront prêts, eux aussi ! Contre toute attente, nous aurons pas mal de temps à tuer avant de devoir s’habiller pour le moment fatidique… On me dit que j’ai prévu large, mais en fait je n’ai fait qu’anticiper notre bonne amie la loi de Murphy, qui si elle n’a pas été invitée, n’hésite jamais à présenter ses respects lorsqu’on s’y attend le moins. Revenus à Mulhouse avant 11 heures, Alex nous évite de tourner en rond avec l’air absent dans le salon, puisqu’il souhaite passer à un tabac pour s’acheter des cigarettes. Sur place, je tente également ma chance sur des jeux de grattage, en me disant que pourquoi pas, sur une journée comme celle là, sur un malentendu… Je tente deux fois le numéro fétiche 8, sans succès, tandis qu’Alex arrive à se rembourser de 4€ en une seule tentative : on passe le temps.

Dès notre retour à la maison, il est temps de passer à la décoration de la voiture. Une fois encore, la préparation que nous avons fait avec Clémence est impeccable, puisque le tulle (la tulle !) est taillé à la bonne longueur, le résultat est très vite vraiment très beau, et la voiture toute prête pour son défilé en tête de cortège. Deux grandes bandes font un V sur le capot, et se rattachent sur les rétroviseurs, une autre est enroulée autour du toit et donne à la Mégane un faux air de paquet cadeau. Pour les nœuds, ce n’est pas aussi évident qu’il y parait… comme nous l’avons constaté ce matin au Domaine, serrer trop les boucles amène rapidement à avoir trop de morceaux indépendants.

Alors que ma grand-mère vient d’arriver chez mes parents, nous passons encore quelques temps à booster (ou pourrir, selon les points de vue) la Twingo d’Arnaud : bandes sur le capot, rétroviseurs, lunette arrière, tout y passe ! Apparemment, Clem a bien fait de prévoir large, puisque mon frère va lui aussi décorer la C5 des parents avec quelques uns des kilomètres de tulle que j’ai dans le coffre… J’en profite aussi pour monter le panneau « Just Married » à la bonne place, mais face cachée, dans le coffre : eh oui c’est encore dans quelques heures ! A force de regarder ma montre toutes les cinq minutes, je dois presque énerver l’audience ! Nous rentrons un peu avant midi pour un dernier déjeuner, crispé et absent.

Parlons un peu de moi. Je transpire, j’ai sans doute l’œil un peu vitreux, et je touche à peine à mon assiette. La quiche est bonne pourtant, et je dois sans doute faire des efforts pour participer à la conversation, dont je n’ai aucun souvenir, même si le sujet principal n’est probablement pas éloigné du thème de la journée. Je mâche sans conviction la même bouchée à en perdre la saveur. Tout ça parce qu’en dedans, toutes les questions éclatent comme des bulles de champagne : et si la salle de la mairie est moche ? S’il y a des absents, s’il y a des tensions ? Est-ce qu’on a commandé assez de pièces apéritives ? Trop ? Et s’ils sont en retard ? Et si les bans n’ont pas été publiés ? Et si quelqu’un a fait opposition du fait que Clémence vit chez son père ? Ca se bouscule du grain de sable à l’improbable mais douloureux piano qui tombe par accident de la fenêtre du troisième.

J’ai l’œil et le cœur sur la trotteuse, en pensant à Elle et ses préparatifs, à Claude la photographe qui doit déjà être arrivée. Et si la robe ne me plaisait pas ? Je venais de décider que politiquement, j’approuverais même si elle était verte avec des rayures pour avoir la fille, quand dans un dernier effort saccadé de la montre, midi vingt est arrivé. Je me lève et annonce à la cantonade que je pars m’habiller « tout doucement », ce qui n’est pas le cas, puisque je cours retrouver mon costume jusqu’au premier étage. Il m’attend dans ma chambre d’adolescent (depuis re-décorée avec plus de goût, mais qui n’effacera jamais le souvenir des posters scotchés, de la moquette sale sur lattes grinçantes, des quelques années d’études et de nos premiers ébats), soigneusement compressé entre une doudoune polaire et une veste pied-de-poule. 

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