dimanche 4 septembre 2011

Les coulisses du mariage n°6 : le jour J (vu par le marié)


C’est le moment de l’habillage. Si une quelconque partie de mon esprit arrivait encore à penser à autre chose (ce dont je doute), elle s’est résignée. Je ne pensais pas que le moment aurait une consonance aussi solennelle, mais je me prends à enfiler chaque chaussette avec un protocole qui frise la haute noblesse. Bientôt, je suis rejoint par Arnaud et Alex, qui ont sournoisement profité du dessert, que je leur envie quelques secondes avant de réaliser qu’eux aussi, ils sont stressés. Arnaud fait une fixation sur son discours de la cérémonie laïque, Alex fait son concentré. J’ai pu me défouler une bonne vingtaine de secondes en hurlant du haut de l’escalier (une discipline olympique de ma jeunesse) contre l’anonyme qui a caché le costume d’Arnaud que personne ne retrouve. Avant bien sur de comprendre qu’il se cachait derrière la même veste pied-de-poule que le mien. C’est mon frère qui me fait mon nœud de cravate (Eric, 25 ans, marié, ne sait pas réaliser un nœud de cravate droit).

Quasi-subitement c’est terminé, je suis le premier habillé, coiffé, boutonné. Je n’ose plus bouger pour éviter les plis, et du coup ressemble a un playmobil. Apparemment, le look est réussi puisque au milieu des « détends-toi », je n’ai droit qu’à des compliments. Du coin de l’œil je regarde mes deux compères et témoins qui finissent leurs préparatifs (sauf manucure et pédicure, tout y passe). Je me répète pour ma part de ne pas toucher à mes ongles et mes doigts, qui seront sans doute photographiés en long et en large lors de l’échange des alliances, à la mairie. J’espère que Clémence y aura pensé aussi. 
Retour un peu chafouin au rez-de-chaussée, il est 13h35 et s’il y a plus de trois carambolages ou une manifestation contre la réforme des retraites, on ne sera jamais à l’heure. J’ai tout de même le temps d’aller me montrer en exclusivité à la mamy, qui ne quitte plus sa bouche en cœur. Impliquée, complice, heureuse pour nous. Elle m’avoue qu’elle est aussi stressée puisque « je serais la doyenne, tu sais, et du coup tout le monde va me regarder ». Pourtant elle est assortie ! Nous immortalisons la scène (je suis raide comme un piquet, même lorsque je ris j’arrive à peine à me pencher en avant, je ressemble à un peuplier). Il ne faut pas oublier la boutonnière, que l’on ressort du bac à légumes. Ouf, ma rose ivoire a très bien tenu le coup. On tente de l’accrocher, mais ce n’est pas aussi facile que prévu (la fibre du costume résiste de toutes ses mailles), et il faudra deux ou trois essais avant que ça ressemble à quelque chose de correct.

Il est l’heure de se rendre à Riedisheim. Il va faire chaud dans la voiture, et donc je vais transpirer. Mais si je transpire et que ça se voit, je vais stresser. Et si je stresse, je vais transpirer encore plus. Comme je suis encore dans cette spirale infinie et que je vois bien que j’ai la tête ailleurs, je demande à Alex de conduire, ça fera toujours un souci de moins. Je quitte la petite famille, qui n’est pas encore dans l’ambiance, pas changée, rien ! Miraculeusement, je retrouve un poil de souplesse pour me plier dans la voiture. Ce n’est que lorsque nous démarrons que peu à peu je me décoince, me détend de plus en plus. Bon dans l’auto c’est un peu le sauna, ce qui explique la décontraction. Guider Alex me fait penser à autre chose, fugacement.

Pas de tonneaux, de dérapages, de mauvais trajet ou de raccourcis (la bonne idée de dernière minute), et nous arrivons très légèrement à l’avance : 13h55 seulement, tu te rends compte s’il était arrivé quelque chose ? Nous sommes garés directement devant le portail chez le papa de Clémence, il n’y a quasiment plus un nuage, le timing est parfait et je viens voir ma future femme dans sa robe de mariée. Nous sonnons, et moi qui avais imaginé la scène avec Clémence qui descend les escaliers toute habillée… Ce ne sera pas du tout ça. Béné se précipite à notre rencontre depuis le jardin, en robe courte noire et blanche, assortie à son chéri qui est dans les mêmes tons. Tandis qu’Arnaud nous rejoint, on me prévient qu’il y a toute une mise en scène qui se met en place de l'autre côté de la maison, que  je ne dois pas bouger, ce n’est pas encore le moment.

Lorsque je passe le petit portail rouge pour rentrer dans le jardin, il y a une belle petite assemblée qui m’attend ! Les trois parisiens, dont Alyssa en demoiselle d’honneur/petite princesse sont au pied de l’escalier en colimaçon qui descend de la maison : c’est donc de la qu’Elle va faire son apparition ! Eh bien toujours pas, non. J’ai encore le temps de saluer Jean-Claude, en beau-papa radieux (pas de cravate mais un chech blanc du plus bel effet), avant que Claude Masselot, vienne m’expliquer le déroulement des opérations. Clémence est au fond du jardin (NON, ne pas se retourner), je suis sensé l’attendre en lui tournant le dos jusqu’à ce qu’elle arrive à ma hauteur. La suite est floue, j’imagine qu’on attend de nous quelque chose de décent. Comme souvent lorsqu’elle est un peu stressée, on l’entend de loin, ma petite chérie. Elle dit qu’elle n’a pas le bon bouquet, que celui-là c’est celui de la voiture. Comme elle est dix mètres derrière moi, tout le monde peut la voir, se marre, prend des photos. Mes deux témoins qui la découvrent dans son habit blanc ont écarquillés les yeux à l’unisson elle doit vraiment être superbe.

Enfin, elle peut s’approcher de moi, qui suis toujours raide comme un piquet et de dos. Voir leur visages à tous, leur réaction béate devant le moment, c’est un vrai plus. Mais avouons le, ce n’est pas pour eux que je suis venu. Enfin, j’ai le droit de me retourner pour regarder la femme de ma vie. La robe lui va comme un gant, elle est magnifique. Je ne me précipite pas, je la laisse approcher. Je remarque qu’elle a opté pour les ballerines bleues, une touche de couleur inattendue et pétillante cachée dans les plis du tissu satiné. La robe est simple, juste, pas une fausse note. Malgré la chaleur, elle a gardé son cardigan blanc, qui recouvre ses épaules jusqu’aux froufrous à plumes de son bustier que j’ai du mal à quitter des yeux. Maquillée, radieuse, avec son chignon aux dizaines d’épingles qui lui descend sur la nuque, elle me submerge de bonheur. On se prend la main et je ne peux pas la quitter des yeux. On échange quelques mots qui sont presque murmurés, et j’ose toujours à peine bouger. Quelque part, je crois que j’ai peur de l’abimer, de la casser car elle ne peut qu’être la chose la plus fragile du monde. En réalité, elle est beaucoup plus détendue que moi maintenant qu’elle a confirmé dans le fond de mes yeux que oui, je l’adore, sa robe et le reste.  

Il y a beaucoup de photos à cet instant, mais nous ne posons pas, et restons dans les bras l’un de l’autre, à écouter les déclencheurs qui chauffent. Dans un moment de calme, on entend Béné qui s’énerve contre son chéri, et je souris de toutes mes dents quand j’entends qu’Alex a oublié sa ceinture (la mienne n’a pas encore 24 heures). J’ai beaucoup de mal à quitter Clémence des yeux plus de quelques secondes (une trappe pourrait s’ouvrir et je pourrais me réveiller). Mais tout doucement, je réalise que je ne suis plus aussi tendu, que je souris naturellement et plus crispé, que je peux plier les genoux sans faire de plis irréversibles. A présent que nous sommes ensemble, la montre a repris d’un coup toute sa vigueur, et nous nous préparons déjà à partir pour les photos de couple. Il n’y aura que Clémence, moi, Claude et Matthieu (beau-frère moins deux heures), mais tous les autres s’activent pour nous : les autres témoins seront tôt sur le parking, Béné s’occupe des alliances. On laisse nos cartes d’identité, nos papiers, nos affaires, on est pris en charge !

Avant de partir, Arnaud et moi accrochons le bouquet de la voiture, sur la calandre pour faire la dernière touche au milieu de la (du) tulle. Le premier essai nous arrache un bel éclat de rire, puisque le nœud a frôlé la perfection, qu’il n’allait pas se défaire de sitôt… Sauf que le bouquet n’était pas dans la bonne boucle et nous est resté dans les mains. Clémence a besoin d’assistants pour rentrer avec sa robe dans la voiture (il faut rentrer la traine d’abord, puis la fille, et n’oublier aucun morceau en route), mais tout le monde est si prévenant que ça en devient drôle, on se précipite pour nous ouvrir, nous asseoir (oui, je peux encore accrocher ma ceinture tout seul). Je pense que si j’avais demandé un martini on the rocks au shaker, on me l’aurait apporté. D’ailleurs il fait si chaud dans la voiture que je n’aurais pas refusé. Nous partons pour le parc Wallach, devant toute l’assemblée qui nous retrouvera à la mairie, suivis par Claude dans sa petite voiture rouge. 

1 commentaire:

  1. Avec Alex on a fait une expérience intéressante...
    On a lu le texte, en démarrant en même temps.

    Résultat : les mêmes rires au même moment, la même petite larme en repensant à ces merveilleux instants ! Pour un peu, on aurait fait l'amour (mais on venait de le faire...).

    Remarque, plutôt deux fois qu'une non ? ^^

    RépondreSupprimer