lundi 19 septembre 2011

Les coulisses du mariage n°10 : le jour J (vu par le marié)

Les applaudissements nous ont ramené à la réalité. Le chronomètre a subitement repris de la vigueur, et le temps repris son cours. Un petit regard autour de moi, il semble que tout le monde l’a sentie, cette grosse vague d’émotion qui nous a entourés. Il y a eu de nombreux flashs, qui ne baissent pas en cadence, puisque c’est le moment de signer le registre. Galamment, je laisse passer ma femme (!), qui m’avoue qu’elle est toute tremblante… Elle dit qu’elle a complètement raté sa signature, qu’elle pouvait à peine tenir le stylo. Super encourageant, dis donc.
Je prends moi aussi le stylo, passe une petite dizaine de secondes à relire l’acte, autant pour s’assurer qu’il n’y a pas d’erreur (mon nom est si vite mal orthographié) que pour bien m’assurer de la chose, nous sommes mariés à présent. Personnellement, la signature sort bien, pas parfaite à cause de l’enjeu mais correcte. Nous suivent les témoins, tandis qu’on peut se rasseoir, essayer de digérer les minutes qui ont précédé. C’est un tourbillon incroyable de sensations, qui ne stoppe que lorsque nous nous embrassons, régulièrement.

Les témoins finissent de parapher, et viennent se rassoir, très émus. Quelque chose cloche un peu, en fond, parce que la maire semble tout doucement se diriger vers la fin de la cérémonie… Sauf que nous n’avons pas encore nos alliances. Béné fait des signes un peu désespérés jusqu’à ce qu’elle comprenne, et nous demande si nous n’avons pas quelque chose à échanger. Petit sourire, effectivement ce serait dommage de passer à côté de l’échange des alliances. Nous sommes donc priés de nous relever. Bénédicte s’avance, avec le septième tome d’Harry Potter que nous avons taillé en porte-alliances. Grand moment d’improvisation totale, elle se tourne vers l’assemblée, nous regarde et fait mine de lire : « Chapitre Huit : Le Mariage ; et ils vécurent heureux jusqu’à la fin des temps ». Moins, et personne n’aurait vu le livre. Plus, et ça aurait été trop épique, ça aurait sonné faux. Un tout pile, comme on dit.

Béné vient se placer à la droite de Clémence en lui tenant le livre, tandis que Clémence défait rapidement le nœud qui retient les deux créations. Elle sera la première à faire ce geste si symbolique, que l’on oublie généralement de faire au ralenti. La peur naturelle à ce moment là, c’est le gonflement subit et inexpliqué du doigt qui se révolte contre le mariage… Heureusement pour elle, l’alliance glisse assez facilement sur mon annulaire, on retient la pose quelques secondes pour les photographes, avant de pouvoir décrisper un peu le sourire. A mon tour maintenant, à moi qui ai la bague au doigt. Je prends l’anneau fin de Clémence avec beaucoup d’appréhension, parce que je sais qu’elle a tendance à stresser et que même si elle a les mains moites, la taille de l’alliance est limite pour le passage de la phalange.

Je prends sa main, la regarde dans les yeux, et arrive facilement à glisser jusqu’à ladite phalange… Regard amusé vers l’assemblée, je m’autorise même un trait d’humour, en improvisant un « huuuumfff » de force pour passer l’alliance… Rires, détente, grands sourires et flashs. C’est le bon moment pour pousser ! Ca passera tant bien que mal, mais comme on le murmure partout autour de nous, l’essentiel c’est qu’elle ne puisse pas l’enlever. Pour moi c’est un moment encore plus émouvant que le « oui » que nous venons de prononcer : seconde bouffée de chaleur, les larmes ne sont pas loin, et j’entends autour de moi que je ne suis pas le seul, c’est la fête au kleenex dans l’assemblée qui nous applaudit à nouveau. La maire calme un petit peu le jeu en nous faisant rasseoir… C’est déjà la fin de la cérémonie de mariage civil !

Elle nous a dit quelques mots qui faisaient encore partie de la lecture officielle, et je n’écoutais toujours pas, non plus à cause du stress mais de ma joie, d’une sorte d’étrange soulagement planétaire (« c’est bon on est mariés, je peux mourir tranquille » ou quelque chose comme ça). Tout de même, je me souviens qu’elle a terminé son speech par une note personnelle, en citant Jacques Brel (j’ai eu un moment de recul moi aussi, mais apparemment il n’a pas fait que des chansons tristes et longues), avec un joli passage dont je n’ai pas retenu les mots mais à l’image du quart d’heure précédent : court, émouvant et profond.

Aussitôt la séance levée, tout le monde sort en bon ordre devant nous, qui laissons faire parce que nous savons qu’ils préparent quelque chose pour notre sortie. Une haie d’honneur ? Un lancer de riz ? De chatons ? De factures impayées ? Le mystère reste entier. Nous laissons même les derniers invités prendre de l’avance, échangeons quelques mots avec la Maire (et son adjointe fantômette, qui aurait très bien pu ne pas venir si la loi ne l’obligeait pas), qui nous confie qu’elle a bien vu qu’il y avait beaucoup de moments d’émotion. Elle se demande si nous voulons habiter à Riedisheim, maintenant que nous sommes mariés (merci, mais non merci). Lorsque nous estimons que le temps des préparatifs est passé, nous sortons de la salle et suivons le couloir, jusqu’à l’entrée et ses grandes colonnades.

Pour situer, l’entrée de la mairie n’est pas très éclairée, aussi tout ce que nous pouvons voir de l’agitation extérieure, ce sont les deux portes de l’entrée en verre qui laissent passer un carré de lumière éblouissant. Un pas plus loin, et nous voyons de part et d’autre du perron deux sapins montants haut. Nous nous prenons par la main, et avançons doucement dans la lumière, forts de cette confiance nouvelle qui nous porte. L’assemblée forme un grand arc de cercle autour de la sortie de la mairie, laissant les quelques marches de pierre libres pour notre arrivée. Chacun devant un sapin, Mick et Gilles tiennent en main les supports pour une sorte d’arche de dentelle ouvragée qui passe au dessus de nos têtes. De cette bannière sont suspendus une dizaine de papillons de tulle ballotés par le vent au moment ou nous arrivons à hauteur des marches.

De mon point de vue, on surestime grandement l’intensité de l’échange des consentements, comparé à la sortie de la mairie, même si l’un dépend de la personne que l’on épouse et l’autre de la qualité des convives de la noce. Quelle claque ! Une vague d’applaudissements, de bravos, de félicitations chaleureuses qui percent droit au cœur. Une petite centaine de sourires et de signes de joie de tous ces proches qui comptent pour nous, c’est beaucoup. De quoi se mordre la lèvre pour éviter les pleurs, d’agiter les yeux humides dans tous les sens en invoquant le soleil éblouissant… Et surtout un merveilleux moment pour appeler les témoins à la rescousse pour les photos ! C’est le déluge des clichés qui s’enchainent alors qu’un coup d’œil à la montre nous confirme l’impensable : tout l’épisode de la mairie n’aura duré d’un quart d’heure, entrée et sortie comprises ! En tentant de contrer le vent, discret mais présent, plusieurs convives ont en main des pétales en tissu sensées tomber gracieusement autour de nous pour les photos… Malheureusement, les meilleurs lancers nous atteignent à hauteur des genoux, c’est donc d’un effet limité. Mais l’intention, c’est ce qui compte !

Sous un soleil qui semblait avoir attendu notre sortie pour faire briller les marches et cette jolie façade bleue, nous enchainons les différentes configurations photographiques, pas trop longtemps parce que ce n’est pas tellement notre « truc », ni d’ailleurs la spécialité de Claude, que nous avons à peine vu à l’intérieur de la mairie (en mode Ninja, sans doute). Quelques photos avec les témoins, puis avec les parents (il faut les appeler, les retrouver, les empêcher de papoter) et puis les dernières avec quasiment tous ceux qui ont voulu monter sur les marches… Enfin, la scène s’éclaircit un peu, et Béné nous attend au pied de l’escalier, radieuse. Ce n’est que quand elle se penche pour nous faire la bise et nous dire que c’était génial, que nous comprenons qu’elle est la première d’une très, très longue file d’attente qui s’est formée dans la plus grande discrétion sur notre droite.

1 commentaire:

  1. Rholala, j'ai des frissons ! En fait, quand je vous lis, je ne peux m'empêcher de m'imaginer dans quelques mois ^^ Et j'ai hâte !!!!

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