Dès notre sortie de la Mégane, c’est le grand bain, comme on dit. Nous aurions peut-être du prendre une dernière respiration, partager en y réfléchissant un dernier moment d’intimité dans la voiture, mais maintenant c’est trop tard. Il y a un tour de parking à faire, du monde à saluer, beaucoup de monde. Et même à reconnaître, parce que des fois entre un copain avec un jean T-shirt et le même avec un costard cravate impeccable, il y a un fossé.
Ceux que l’on identifie immédiatement sont ceux que nous avons laissés derrière nous pour les photos de couple : Jean-Claude (beau-papa moins 45 minutes) et Marianne, Bénédicte (qui semble porter un panier avec le porte-alliance, ce qui lui évite la pendaison) et Alexandre (avec une toute nouvelle ceinture !), sans compter Sandra et Alyssa. Il y a également la famille de la marraine de Clémence que je vois pour la seconde fois de ma vie, ils sont trois plus l’amie de Jennifer, Claire. On me redemandera plusieurs fois au cours de l’après-midi et de la soirée les prénoms des deux filles qui n’ont pas laissé beaucoup de célibataires indifférents…
Un premier groupe d’amis est un peu à l’écart des deux familles qui font connaissance. Plusieurs d’entre eux ont du faire plus de 500km pour être avec nous, aussi les voir se bidonner des derniers ragots ensemble, ça me fait chaud au cœur. On y retrouve Mick et Séverine, Gilles, Nicolas et Stéphane, qui se moquent de Guillaume qui n’est pas là parce qu’apparemment, il s’est trompé de route. Arnaud qui est avec eux, semble un poil moins détendu, mais il nous rassure parce que tout se passe comme prévu. On va ensuite saluer ma famille du Nord (au dessus de Strasbourg, tu imagines), au nombre desquels on retrouve mes deux oncles Benoit et Clément (qui ne quitte pas son Leïca) et mes deux tantes. Ma cousine Audrey, qui se marie dans moins de deux mois, est de la partie avec son fiancé et le petit Lucas, deux ans, qui sera le benjamin de la fête (et sage comme une image).
J’ai croisé deux fois une femme avec un tailleur gris avant de me rendre compte que c’était ma mère. Comme je les ai quittés trois petites heures plus tôt sans qu’ils soient changés, je n’ai même pas reconnu mes propres parents, très classes. La palme de la métamorphose réussie va tout de même à mon frère, qui met à n’en pas douter le premier costume de sa vie, avec un succès retentissant et une chemise orange (jamais je n’aurais osé, mais sur lui ça fonctionne !). J’ai le temps de soupirer puisque mon papa n’a pas mis sa veste à carreaux (presque neuve des années 80) mais une autre plus élégante et accordée avec ma maman, avant de me rendre compte qu’on m’appelle pour des photos.
Je comprends bien vite qu’on ne va pas pouvoir y échapper (mais le veut-on ?), parce qu’à l’instar du portrait de Mao sur la Cité Impériale, tout le monde veut son petit souvenir avec nous. La plus ravie étant sans doute Alyssa, assortie et ressemblant tant à Clémence que sur des photos à nous trois, elle peut passer pour ma fille : petits sourires gênés, hop va retrouver ta maman. Ensuite c’est l’enchainement improvisé et ininterrompu de poses à cet endroit, qui n’a pourtant rien de spécial, sinon que (on s’en apercevra plus tard sur les photos) c’est une place handicapée avec un gros panneau d’interdiction de stationner. Ma future belle-mère et son mari Jacques nous ont rejoints au début de la série de clichés, auxquels seule la photographe officielle s’est vite soustraite… Claude, fidèle à ses principes, n’est jamais fixe. Elle papillonne autour des groupes d’invités à bonne distance, disparaît habillée de noir, cherche l’angle sans la place handicapée.
Clémence n’est pas étrangère à l’agitation des invités : sa robe et sa coiffure (rehaussée, comme je l’ai appris plus tôt, de petites fleurs fraiches qui remplacent le froufrou oublié à Colmar) font sensation. France, l’une des deux tantes de Clémence, ne tarit pas de compliments tandis que Freddy, son mari, immortalise au Réflex dans le peloton paparazzi.
Avant le départ pour la mairie, ma marraine, son mari et mon ami/faux cousin Pierre prennent place tous les trois dans le semblant de cortège qui se forme. Il est 14h50 et Clémence, au bras de son père qui rayonne, descend la rue devant l’assemblée du parking, en ordre dispersé. Je suis moi-même en queue de peloton, accompagnant d’abord ma mère, et puis Pierre jusqu’à arriver en face de la Mairie. Nous y retrouvons tous les autres invités, qui nous attendent de part et d’autre de la route. Ma grand-mère tout d’abord que je retrouve toute sourire, mais aussi son frère Roland, toujours aussi affuté, qui est venu avec son amie, Danielle, en annulant une journée de vacances pour nous voir.
Grands habitués de tous les événements de famille, le tonton Paul et la « tata Sonia » (elle adore qu’on l’appelle de cette façon…), qui mitraillent au compact la foule grossissant devant la mairie, ont le temps de nous complimenter, tout comme Jeremy et Emma, les cousins du Sud (le Sundgau, tu imagines). Pour le concours de la plus âgée, il ne fallait pas oublier une compétitrice de choix en la remarquable Mme Margueritte (oui, pour elle-même le prénom est rehaussé), que je n’ai pas beaucoup plus vu dans ma vie que les plus éloignés des parents de Clémence, mais qui est aussi fière de nous que possible. D’autres cousins du Nord, eux aussi futurs mariés (Marie-Hélène et Seb) rentrent dans le peloton… Et puis d’un coup une ombre a voilé le ciel, puis deux, dont une avec un Canon. Michel et Anne, puisque c’était eux, sont beaucoup plus grands que dans mes plus grands souvenirs (bon d’accord, Anne je ne l’avais jamais vue).
Nicole, l’autre tante de Clémence et Thomas, mon futur beau-cousin (certes, mais cela se dit-il ?) ont encore le temps de nous dire bonjour avant le reste du peloton des amis, déjà en rang d’oignon pour les bises et (comme il se doit) sous un panneau « Poste de Police » pour piéger les photographes. Amis parisiens (Christophe et Odile, également en repérage avant leur mariage dans un mois), amis de Strasbourg (Carole, Mathieu et Julie), de Mulhouse (Agathe) et de la saucisse (Laetitia et Jocelyn sont de Morteau). Des bises, des poignées de main, d’autres bises, une photo, oui c’est ça taupe je ne savais pas non plus. Bonjour. Oui, oui bien sur je sais qu’elle est belle je vis avec. Bises. Poignée de main. Moi aussi ça me fait plaisir de te voir (sinon je t’aurais pas invité). Ah ok, et elle va bien ? Génial.
Clémence lance le bal à 15 heures tout pile, sans doute parce qu’elle sait comme moi que si la mairie respecte les règles scrupuleusement et que nous sommes trop en retard, tout est à refaire et c’est hors de question. Au bras de ses deux parents, elle dirige rapidement le cortège (en vrac total derrière elle) sous les colonnades de la mairie, puis disparait de ma vue après le parvis. J’apprends que normalement, la tradition voudrait que je rentre au bras de ma maman, qui d’ailleurs m’attend pour ça.
Nous attendons cependant que tout le monde rentre, et j’accompagne Mme Margueritte à l’intérieur. L’occasion d’ailleurs d’un gros rire libérateur de stress, puisqu’on se rend compte que nous avons à la nuance près, l’exacte même couleur de costume. A gauche dans le couloir, je la laisse passer devant, avant que même ma mère me précède dans la salle, qui de l’extérieur à l’air pleine à craquer. Les photographes se positionnent de part et d’autre de la grande table de Mme la Maire, à gauche de son adjointe qui prépare une pile de documents. Je pose le pied sur la moquette, et le silence se fait, tous les regards sont braqués vers moi (comme un gros retard scolaire, mais avec les sourires). Je soupire en souriant, tente de murmurer un « fallait pas m’attendre » pour amuser la galerie qui ne sortira jamais.
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