lundi 3 octobre 2011

Les coulisses du mariage n°12 : Le mariage vu par le Marié

Lorsque le flux des invités commence à baisser, je laisse Arnaud s’occuper de l’accueil, pour contourner le Domaine du côté le plus privé, et arriver directement dans notre petite prairie préparée pour la cérémonie. Il n’a pas plu, en tout cas pas encore (le temps tourne au couvert le plus inquiétant), et les chaises sont sèches, les décorations toujours en place. Je suis venu voir les musiciens, qui ont eu le temps de s’installer comme prévu, ont trouvé la prise et ont raccordé leur ampli.

Ils sont trois, en train de s’accorder, de décider ce qu’ils peuvent jouer. Il y a Nicolas, mon collègue, au violon, son frère à l’accordéon (mais c’est un piège, pour l’avoir vu en concert deux mois plus tôt, il change d’instrument en quelques secondes), et leur troisième larron du groupe Excalembour (qui n’est pas ici au complet) à la guitare. Je suis venu les briefer, ou plutôt confirmer le programme que j’avais ébauché avec Nicolas. Musique d’ambiance à partir de 17 heures, jusqu’à ce que l’assemblée soit installée, puis l’entrée de la mariée. Une petite musique bien entrainante après le discours des témoins, et puis lorsque la cérémonie est terminée. Je demande du rythme, du léger, de l’entrainant.

Il reste une petite vingtaine de minutes avant la cérémonie laïque, et la grande majorité des invités se sont égayés dans le Domaine. Quelques groupes marchent dans le parc (il ne faut pas rater les moutons, qui sont de sortie à côté de leur petite maisonnette), d’autres font le tour des décorations prévues pour le cocktail, mais pour la majorité d’entre eux, ils découvrent leurs chambres et visitent les étages. J’ai l’occasion de discuter avec une inconnue à côté des photos (il s’agissait en fait d’une des collègues de travail de Clémence), avant de rentrer moi aussi dans le hall, pour chercher ma femme et ma chambre. Thomas, qui est devenu mon cousin par alliance, m’y conduit. J’y retrouve Clémence sur le départ, et pétante de forme.

La chambre, ou plutôt la suite, est assez impressionnante. Le lit, king size, est suffisamment haut pour qu’on puisse s’y asseoir sans plier les genoux, comme un tabouret de bar ! La pièce fait la taille de notre salon. C’est doux, cosy, on s’y sent immédiatement au calme. Il ne reste qu’une petite dizaine de minutes avant de retourner dehors, mais nous en profitons quand même pour s’isoler, juste nous deux pour deux petites minutes, pour respirer et réaliser à quel point tout passe en un éclair.

Béné est devant la porte, nous descendons vers le parc. J’apprends qu’il y a eu un couac ou deux dans l’organisation, mais ce n’est pas sensé nous atteindre puisque Béné est l’intermédiaire officielle, c’est elle à présent qui s’occupe des problèmes ! J’ai failli donner la clef de la chambre à Thomas, mais j’ai été intercepté par ma belle-mère, qui me rappelle que ce n’est pas prudent si nous ne voulons pas retrouver de surprises pour notre nuit de noces. Elle s’occupera donc de notre clef (si ça se trouve, nous venons de déjouer un complot international visant à nous pourrir la chambre !). Il y a du monde dans les escaliers, et chacun nous complimente sur les chambres, sur la qualité et sur le fait que ça a du nous couter une fortune (une fixation récurrente). Nous prévenons tous les invités que nous croisons de se diriger vers le pré, et de se laisser guider sur place par les témoins (qui, on l’espère, ont pris en charge la distribution des livrets de cérémonie). Reste quelques petits détails qui ne sont pas en place (Matthieu et Sandra n’ont pas encore installé l’urne et la table photo), mais rien qui ne puisse être reporté à plus tard (après tout, l’assemblée complète est censée être à la cérémonie donc si tout n’est pas en place ça ne gène personne).

Clémence trouve son papa comme prévu, qui est très impatient de l’accompagner pour remonter l’allée. Avant que l’on se sépare (elle tient à rester sur la terrasse jusqu’au début de la célébration pour faire son entrée), elle me félicite, avec deux ou trois galaxies dans les yeux, pour la décoration et la mise en place de la cérémonie : entre les chaises, le programme et les musiciens, c’est vrai que cette partie là, je m’y suis pas mal investi (mais bon de base, j’avais imaginé une entrée sur le dos d’un éléphant/en hélicoptère/surgissant du rideau de soie dans une volute de fumée).

Ma maman est présente aussi, pour me donner le bras jusqu’à ma place devant l’assemblée. L’heure approche (pour dire vrai, le retard approche) et le stress monte d’un cran, je deviendrais presque irritable. Eh oui, j’ai une (bonne ?) raison : la quasi-totalité des invités sont présents, y compris ceux qui avaient choisi de ne venir qu’à la cérémonie laïque… Mais il manque mon papa, que nous ne voyons nulle part. Ma mère m’annonce qu’il est allé accompagner ses frères à leur hôtel (nous n’avons pas pu loger tout le monde sur place), mais c’était il y a quarante minutes…

Enfin, ils arrivent en ordre dispersé, les trois frères. Je peux me calmer à nouveau, de toutes façons ils n’y étaient pour rien, il y a apparemment d’autres mariages à Guebwiller aujourd’hui, dont les cortèges bloquent une bonne partie de la circulation (vingt minutes pour faire les 3km…). Peu importe, il est temps de commencer. Chaque participant dispose de son livret de cérémonie (des imprimés A4 roulés par Clémence et maintenus par un nœud de satin), et je vois du coin de l’œil Béné qui vérifie que ses propres papiers sont également répartis entre amis et famille (un discours ? une chanson ? des chèques restaurant ? Petite goutte de sueur…). Rien de tel pour sonner le rassemblement, que d’aller m’installer en traversant l’assemblée au bras de ma mère.

Jusqu’aux premières chaises, j’étais persuadé d’être redevenu calme, frais, souriant et détendu. Le trac m’a repris d’un coup, avant de passer le premier rang. Ma mère, elle a la banane, elle fait des petits signes à tout le monde, elle est radieuse. Moi, eh bien je suis de nouveau bien crispé, puisqu’au contraire de la mairie, pour laquelle nous n’avons quasiment rien eu à dire, avec le public dans notre dos, ici c’est l’opposé absolu, nous sommes assis en face de toutes nos connaissances, pendues à nos lèvres et qui ne nous quittent pas des yeux. Et par « nous » je veux dire moi, puisque Clémence n’est pas encore arrivée, elle attend un signe (dont, évidemment, nous n’avons rien convenu) pour démarrer. Me voyant assis (j’avais sans doute l’air d’attendre quelque chose), le calme se fait dans l’assemblée et la plupart des invités, polis et dans la majorité bien élevés, se trouvent une place. Je laisse passer encore quelques secondes (enchainement du regard sur la montre, sur les témoins, regards compatissants, puis quelques signes de la main vers le public) avant de craquer et de faire des signes de plus en plus imposants jusqu’à ce qu’enfin, Elle apparaisse sur le pré au bras de son père.

Nous sommes tous debout, moi le premier, et les musiciens ont subtilement changé leur air pour une version enjouée de la traditionnelle chanson des mariés. Tout le monde a le regard tourné vers Elle, applaudit en mesure, la regarde approcher, presque danser dans l’allée. Clémence rayonne littéralement, c’est un des grands moments de notre journée même s’il ne dure que quelques secondes. Tout le monde affiche un grand sourire, est emballé par le rythme, se prépare pour un grand moment d’émotion : il va falloir assurer ! Nous attendons la fin de la chanson pour montrer l’exemple et nous rasseoir. Je tâte (discrètement) la poche de ma veste pour la 2355è fois de la demi-heure, afin de vérifier la présence cruciale du discours que nous avons préparé avec ma femme. Il faut encore obtenir un micro, et même si c’était prévu, se jeter à l’eau sans temps d’adaptation. Entendre sa voix sur un haut parleur est un exercice difficile. L’entendre, lever les yeux et voir l’ensemble de ceux qui vous ont accompagné dans votre vie, certains pour plus d’une vingtaine d’années, l’exercice a de quoi rendre aphone.

Heureusement, contrairement à la mairie, j’arrive à produire des sons qui, même si la tonalité m’en est déplaisante, forment des phrases cohérentes, voire même élégantes avec un style léger et comique. Oh bien sur, la main tremble, il est quasiment impossible de lever les yeux du texte (celui qui l’a imprimé aussi petit s’est fait réprimander depuis), je rate une ou deux bonnes répliques en voulant dévier du speech (qui était pourtant écrit en tenant compte de l’oral). J’oublie de faire rasseoir l’assemblée (jouer au prêtre, pourquoi pas, mais certains ont du se demander quand arriverait la fin), je massacre quelques fins de phrases, je ne respecte pas les temps de parole qui sont écrits. Et puis au final c’est quand même un succès, cette petite introduction. Pas trop long, on ne tire pas dans le mélo (les vœux, c’est pour plus tard), et puis avec une touche légère pour se rappeler que non, Dieu ne sera pas pour toujours entre nous deux pour nous observer, nous juger, nous éclairer. On s’en tirera tout seuls, avec nos amis et nos familles comme on l’a toujours fait.

1 commentaire:

  1. Nooooon, tu ne peux pas t'arrêter là, juste au moment où nous allons intervenir !!! La suite !!!!!

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